Précédant de quelques heures la venue du Président à la Chapelle en Vercors, un groupe d’habitant-e-s du massif (Isère et Drôme) s’est rendu au hameau de Valchevrière. Là autour d’un grand feu, la centaine de personnes présentes a pris part à un cercle de parole jusqu’à la tombée de la nuit, sous une banderole qui annoncait clairement la couleur : « le Vercors soutient le programme du Conseil National de la Résistance ».
Le récit complet de la journée et des photos sur le blog de Pichel.
Montage vidéo du rassemblement, par Guy M.
Le reportage télé de France 3.
Chère papa , chère maman
Avant-hier à la colo on avait réunion. C’est pas fréquent à la campagne, même chez les non-natifs parfois tant soucieux de s’intégrer dans le paysage et c’était donc une sorte d’évènement.
Tu m’as parlé de l’époque des clameurs d’amphithéatre de ta jeunesse où toute parole se devait de gagner et de faire courber la tête : ces phénomènes n’ont semble-t-il plus cour aujourd’hui mais ceci ne suffit pas pour que la parole soit légère, partagée et soutenue….
Caloriphère ?
Le discours de Iznogood-Sarkoléon a servi de détonateur, il semble qu’il ait allumé (louange lui soit rendu car comme dit Castanéda « les petits tyrans sont nos grands maîtres ») deux sortes de brasiers :
L’un allumé par ceux qui souhaitent voler au secours du programme du CNR ( vestige d’un compromis entre bleus, blancs et rouges qui a fondé l’état-providence longtemps présenté comme une synthèse entre socialisme et capitalisme. Ce compromis est-il autre chose que résultat d’un rapport de force à l’échelle nationale en 1945 entre les maquis gaullistes et les maquis communistes ?). La question posée est le pertinence actuelle de ce programme, son éventuelle réappropriation (y intégrer nos choix de vie, nos luttes finales, ponctuelles, cosmiques , telluriques, climatiques…) et sa fragilité compte tenu de l’évolution du rapport de force politique.
L’autre allumé par ceux qui s’inquiètent de l’émergence de la stigmatisation haineuse d’une partie de la population : constitution d’une nouvelle classe dangereuse (est-elle si nouvelle que cela ? comme le Monde de ce matin le rappelle il suffit de prendre le premier métro pour savoir quelle couleur de peau a souvent la France qui se lève tôt).
En tout cas il s’agit là de barrer la route à l’ordinaire procédé des possédants quand les ficelles de leur domination sont devenue trop grosses ; dévier la colère vers un groupe social : gens sans alleu, sorciers et juifs au moyen-âge, juifs encore du 19ème au vingtième quand montait déjà la crainte des ouvriers sans racines.
J’ espère que ceux qui se préoccupent d’entretenir ce feu-là se limiteront pas à une lecture anti-fachiste archaÏque, (la lutte contre le mal absolu servant de liant, d’objectif et d’absolution pour nos erreurs).
Je perçois pour ma part que ce sont tous les occidentaux, toutes classes sociales confondues qu’il s’agit de préparer à l’instauration d’une muraille capable de s’opposer au déferlement vers l’occident des victimes du dérèglement climatique causé par la boulimie matérielle de ce même occident.
Il s’agit donc presque d’un principe de cohérence, entre assumer les conséquences de nos actes et défendre notre gâteau … quelle réelle alternative proposons nous ?
Chers papa, cher maman c’est chouette que tu m’aies inscrit à cette colo,
Les monos ont proposé plein de chouettes grands jeux et je sens qu’on va bien s’amuser :
Larguer des planeurs remplis de clown au dessus de Vassieux et convier toutes les ACCA à venir déguisés en miliciens armés de Flash-ball pour les accueillir.
Remettre en question la privatisation des communaux à la révolution et réoccuper les terres accaparées par les coqs de village, y semer des radis et ne pas se laisser marcher sur les pieds par les propriétaires de vaches… Je sais pas pourquoi mais je sens que ça va être intense…
Installer en cachette de Besson et de Pierre-Eymard 15ooo réfugiés climatiques Bengalis et Soudanais sur les hauts-plateaux et bâtir avec eux des Igloos à toilettes sèches.
Moi , comme a dit le vieil indien dans un coin qui écoutait tout avec un petit sourire malin ; »j’ai rien dit mais je suivrai tout. »
Et pis la fête, la fête la fête nom de Dieu !
TF1 et M6 ne me suffisent plus …
J’appelle à moi la transe cosmique régénératrice qui diffusera de conscience en conscience le mana divin qui terrassera nos ennemis.
Comment appelle-t-on cela déjà ah oui : la lutte des lumières opposée à l’obscurité du fanatisme.
Ah oui, s’il vous plaît, aussi envoyez moi le vieux Loebel de pépé qu’est enterré dans la cave,je vous promets que c’est juste pour épater les copains…
Votre fils chéri
Oscar Hamel
P.S. Je vous envoie une jolie chanson que nous avons appris à la veillée
http://fr.lyrics-copy.com/georges-brassens/la-ballade-des-gens-qui-sont-nes-quelque-part.htm
La ballade des gens qui sont nés quelque part
by Georges Brassens
C’est vrai qu’ils sont plaisants tous ces petits villages
Tous ces bourgs, ces hameaux, ces lieux-dits, ces cités
Avec leurs châteaux forts, leurs églises, leurs plages
Ils n’ont qu’un seul point faible et c’est être habités
Et c’est être habités par des gens qui regardent
Le reste avec mépris du haut de leurs remparts
La race des chauvins, des porteurs de cocardes
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Maudits soient ces enfants de leur mère patrie
Empalés une fois pour toutes sur leur clocher
Qui vous montrent leurs tours leurs musées leur mairie
Vous font voir du pays natal jusqu’à loucher
Qu’ils sortent de Paris ou de Rome ou de Sète
Ou du diable vauvert ou bien de Zanzibar
Ou même de Montcuq il s’en flattent mazette
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque par
tLe sable dans lequel douillettes leurs autruches
Enfouissent la tête on trouve pas plus fin
Quand à l’air qu’ils emploient pour gonfler leurs baudruches
Leurs bulles de savon c’est du souffle divin
Et petit à petit les voilà qui se montent
Le cou jusqu’à penser que le crottin fait par
Leurs chevaux même en bois rend jaloux tout le monde
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
C’est pas un lieu commun celui de leur connaissance
Ils plaignent de tout cœur les petits malchanceux
Les petits maladroits qui n’eurent pas la présence
La présence d’esprit de voir le jour chez eux
Quand sonne le tocsin sur leur bonheur précaire
Contre les étrangers tous plus ou moins barbares
Ils sortent de leur trou pour mourir à la guerre
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Mon dieu qu’il ferait bon sur la terre des hommes
Si on y rencontrait cette race incongrue
Cette race importune et qui partout foisonne
La race des gens du terroir des gens du cru
Que la vie serait belle en toutes circonstances
Si vous n’aviez tiré du néant tous ces jobards
Preuve peut-être bien de votre inexistence
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Drôle de coïncidence,
justement cette chanson me trotte dans la tête ces derniers temps.
Et contrairement aux gens visés par GB dans son texte,
il me semble que les natifs du Vercors n’ont pas vraiment envie de faire l’apologie de certains clochers au point de se monter le cou jusqu’à penser que le crottin fait par, etc…
Peut-être pour la simple raison que cette histoire est sûrement douloureuse au point qu’ils préfèrent l’oublier.
Étonnant peut-être de ne pas se venter d’une défaite transformée en symbole d’héroïsme, pour un non-natif et même pour un natif d’ailleurs, étonnant.
Pas pour moi en tous cas, je commence à comprendre pourquoi mes parents ou mes grands parents ne se sont jamais étalés sur le sujet.
Symbole quand tu nous tiens…tu nous les brises.